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Au coeur de notre syndicalisme : l’avenir de l’université et la démocratie

Au coeur de notre syndicalisme : l’avenir de l’université et la démocratie

La contestation universitaire de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) a mauvaise presse ces derniers temps. Pourquoi ? Deux ans après la mobilisation très populaire contre la LEC (loi d’égalité des chances qui incluait le CPE), comment peut-on expliquer le fait que l’opinion médiatique se retourne contre cette mobilisation alors ques les modalités d’organisation sont sensiblement les mêmes ? Peut-on vraiment affirmer aujourd’hui qu’il s’agit d’une mobilisation minoritaire, de laquelle ne se dégagerait aucune perspective ? Pour Sud étudiant, il nous semble qu’il convient d’effectuer une mise au point sur plusieurs éléments qui sont mis de côté depuis quelques semaines : l’état réel des composantes de la mobilisation, la question de l’organisation démocratique du mouvement, et enfin les perspectives sur l’avenir de l’université.

1/ Un mouvement large

En premier lieu, nous attaquons cette idée selon laquelle seules les universités de lettres et/ou sciences humaines seraient mobilisées. Même si les étudiant-e-s de ces filières se sentent plus que les autres menacé-e-s par la loi LRU, ce ne sont pas les seuls à se mobiliser pour l’abrogation de cette réforme : non seulement des universités de sciences dites « dures » se sont très largement investies depuis plus d’un mois, mais l’on constate aussi que des étudiant-e-s d’IUT sont très impliqués dans de nombreuses villes ! Enfin des étudiant-e-s en Master Pro sont aussi entrés le mouvement pour défendre au coté des autres une université critique et indépendante des intérêts privés.

Au-delà des seul-e-s étudiant-e-s, il nous faudrait éviter de sombrer dans le piège d’une mobilisation corporatiste : les enseignant-e-s, les personnels non enseignant-e-s, mais aussi les lycéen-ne-s subiront aussi les conséquences de la LRU ! Si l’on dépasse les propos légèrement condescendants de certains médias sur la mobilisation lycéenne, on s’aperçoit que ceux-ci nourrissent de réelles inquiétudes sur l’université telle qu’ils/elles la connaîtront. Quant aux personnels, il est plutôt positif de voir que leurs organisations appelent à une grève les 4, 5 et 6 décembre et prennent en compte la dynamique lancée par le mouvement étudiant.
Malgré ces composantes assez diverses, il est encore des gens pour souscrire aux propos ministériels selon lesquelles la mobilisation actuelle n’était qu’une mobilisation « minoritaire d’extrême gauche ». De fait, ceux et celles qui s’auto-proclamaient spécialistes des mobilisations étudiantes dans les médias ont été surpris de constater qu’une telle mobilisation pouvait maintenant démarrer sans le consentement de l’Unef. Il y a fort à parier que ces observateurs de nos mobilisations risquent d’être d’autant plus surpris en s’apercevant que ces mobilisations peuvent se poursuivre contre la volonté de l’Unef.

2/ Un fonctionnement démocratique et une auto-organisation de la lutte.

Il faut bien comprendre que le fonctionnement que nous avons défendu, à Sud étudiant comme dans d’autres organisations syndicales (FSE, CNT, etc), c’est l’auto-organisation des étudiant-e-s. Concrètement, cela signifie la mise en place d’Assemblées Générales. Le premier rôle de celle-ci est de permettre la tenue de débats ouverts à tou-te-s, afin de pouvoir déterminer ensemble, de manière collective, les perspectives que les étudiant-e-s doivent adopter. Dans une AG, il ne s’agit donc pas uniquement de soumettre des propositions au vote, mais d’abord de les défendre, les argumenter, les remettre en cause en fonction des positions divergentes, et ce afin d’aboutir à une décision collective qui reflète au mieux les points de vue de chacun.

L’AG est donc le lieu le plus approprié au fonctionnement démocratique, elle est par excellence le lieu de débat et de prise de décisions collectives. Ce mode d’organisation rend intolérable qu’une hiérarchie, un-e responsable ou « un-e représentant-e » dicte un vote ou appelle du haut de leur chapelle à la fin d’un mouvement. C’est en ce sens que les décisions des AG ne se résument pas à des votes, mais font l’objet d’une élaboration collective au préalable. C’est en ce sens que le vote à bulletin secret détaché de tout débat démocratique est refusé par les Assemblées Générales... Malgré le fait qu’il puisse donner de larges majorités à la grève !

Attention, nous n’affirmons pas que le système proposé est une parfaite démocratie et nous sommes conscients des difficultés. Le décalage même entre l’auto-organisation et l’organisation délégataire que nous pratiquons quotidiennement est la principale de ces difficultés. C’est pourquoi le mouvement est en lui même un moment d’expérimentation de la démocratie. Les relents autoritaires existent, ils font parti de cet apprentissage et tendent à disparaître. La démocratie est apprentissage, voilà quelque chose que la société dans laquelle nous vivons a oublié.

3/ Le fond du mouvement

Enfin, après avoir plus ou moins vainement expliqué que la mobilisation actuelle serait donc l’oeuvre « d’une extrême gauche minoritaire », certain-e-s tentent tant bien que mal d’affirmer que notre mouvement ne donne aucune perspective à l’université. Qu’il s’agirait d’un mouvement conservateur et partisan de l’immobilisme.

D’une part, il faut rappeler qu’à partir du moment où nous avons fait connaître notre opposition à la LRU, nous avons systématiquement tenu à dire que nous n’étions pas pour autant partisans du statu quo dans les universités. Pour appuyer notre propos, nous avons avancé quelques revendications qui nous sont chères : la refonte du système d’aides sociales pour aller vers la mise en place de ce que nous appelons le salaire social étudiant, la possibilité pour chacun-e d’accéder à l’université, notamment en instaurant la gratuité donc la suppression des frais d’inscription, mais aussi la démocratisation du fonctionnement de l’université, avec le développement d’Assemblée Générale par département ou UFR.

Il est évident que nous n’avons pas un projet clefs en main d’université à proposer. Mais est-ce bien notre rôle ? Pour Sud étudiant, la réponse est claire : ce n’est pas aux seul-e-s militant-e-s de Sud d’apporter des pistes pour l’université de demain, mais bien à l’ensemble des étudiant-e-s et des personnels, qu’ils soient grévistes ou non.

Des cadres de débats se créent depuis plus d’un mois dans les universités mobilisées. Des débats entre étudiant-e-s, mais aussi avec les personnels, parfois avec les lycéen-ne-s. Perrsonne ne prétend, spontanément, proposer une réforme alternative. Mais, dans ces espaces de réflexion, se forment des idées, émergent des propositions, et chacun-e peut se réapproprier ou réfuter les propositions formulées par telle ou telle organisation syndicale. Ce sont dans ces dialogues que nous pouvons trouver les perspectives pour l’université de demain. Peut être est ce à ces débats que la presse devrait s’intéresser et non simplement au bilan comptable-Universités bloquées. Quoiqu’il en soit, sans les attendre, beaucoup relayent ces débats. Ce qui nous semble important c’est que l’université ne peut pas se résumer à des débats entre étudiant-e-s et enseignant-e-s, chacun-e doit se sentir concerné par l’enseignement supérieur en tant qu’il doit rester un service public ouvert à tou-te-s ; en tant que lieu de formation et de recherche critique et indépendante. C’est ce qui se joue dans ce mouvement. C’est dans cette forme ouverte que permet la grève que l’université trouvera son avenir et non dans les bureaux fumeux des ministères."

Contacts de la fédération : 06 86 80 24 45


le 4 décembre 2007


Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de luttes

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