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Classer les universités pour institutionnaliser les inégalités ?

Mercredi 2 juillet, le sénateur UMP Joël Bourdin a remis un rapport intitulé « Enseignement supérieur : le défi des classements ». Ce rapport a imédiatemment été porté aux nues par un communiqué du ministère de l’enseignement supérieur.

Le rapport pose dans un premier temps l’idée que ces classements seraient largement désirés par le monde universitaire de manière générale. En creusant un peu, on s’aperçoit que l’étude n’a pourtant portée uniquement sur les « dirigeants » des universités. Retenons donc déjà que les préoccupations des étudiant-e-s et des personnels sont exclues, d’autant plus qu’on lit à plusieurs reprises des prises de position en faveur du processus de Bologne ou de la LRU, sans même qu’il soit fait référence aux nombreuses oppositions que ces réformes ont rencontrées.

S’il estime que les classements internationaux actuels (celui de Shangaï en particulier) ne sont pas pertinents pour juger les universités européennes, il affirme pourtant les bienfaits des classements pour ce qu’il appelle « le capitalisme cognitif » qui se fonderait sur la concurrence entre établissements d’enseignements supérieur (et donc entre chercheurs/euses, étudiant-e-s, etc).

De là émerge une proposition d’encourager la mise en place d’un classement européen, adapté aux nouvelles structures universitaires issues des logiques du processus de Bologne. Pour ce faire, on nous propose notamment d’utiliser les critères d’évaluations pourtant critiquables (et critiqués) de l’AERES (agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) :
- des indicateurs « bibliométriques améliorés » (c’est à dire : la « publiométrie » des chercheurs/euses...)
- l’insertion professionnelle des étudiant-e-s, sans définir si un emploi précaire correspond à une insertion professionnelle réussie ou non, sans prendre en compte les possibilités de reconversion en cas de licenciements, etc.
- le nombre de contrats passés entre les laboratoires de recherche et les entreprises, en insistant en particulier sur « l’impact sur le développement territorial » (c’est à dire : le lien entre établissements d’enseignement et bassin économique local)
- etc

De fait, à l’heure où le ministère cherche à mettre en place de nouvelles modalités de financement des universités, il ne peut que se féliciter de voir émerger un tel rapport ! Ce sont ainsi les pôles dans lesquels les formations sont le plus soumises aux pressions économiques locales qui pourraient marquer des points dans ces classements, et ainsi escompter quelques financements publics ; mais aussi un maximum de fonds privés, puisqu’il s’agit d’entrer dans un « capitalisme cognitif »...

Il faut aussi rappeler que ces annonces font suite à la lettre de mission de N.Sarkozy à V.Pécresse en date du 5 juillet 2007, où il était notamment évoqué la volonté de faire rentrer deux universités françaises dans les dix « meilleures » mondiales...

Il s’agit donc d’un rapport souhaitant institutionnaliser non seulement une concurrence entre les universités, mais, de fait, aspirant à graver dans le marbre les inégalités entre celles-ci.

On accordera à J.Bourdin qu’une phrase de l’avant propos de son rapport reste pertinente : « les indicateurs risquent de ne constituer qu’un pâle reflet de la réalité ou, pis encore, de susciter des effets pervers ». Malheureusement, le rapport ne tire aucune conclusion de cette observation et, pire, il ne fait que la nier.

Pour la fédération SUD Étudiant, il est donc nécessaire de rappeler les effets pervers de ces classements universitaires sur des bases économiques. La recherche et l’enseignement ne doivent faire l’objet d’évaluation que par les chercheurs/euses indépendant-e-s et les étudiant-e-s, sur des bases universitaires et pédagogiques.

Face à la logique d’un « capitalisme cognitif » mettant en concurrence les établissements universitaires prônée par l’UMP, nous opposerons un choix de société radicalement différent en souhaitant que l’amélioration de la recherche et des enseignements publics passent par un cadre de coopération et de solidarité entre chercheurs/euses, personnels et étudiant-e-s.

Contacts de la fédération : 06 86 80 24 45


le 3 juillet 2008


Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de luttes

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