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Rapport parlementaire sur la prostitution : la prostitution étudiante n’est pas marginale. Elle est marginalisée !

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Prostitution etudiante - rapport parlementaire
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La pénalisation du client que préconise le rapport de la mission parlementaire sur la prostitution sorti le 13 avril n’aboutit qu’à la dégradation des conditions d’exercice des prostitué-e-s en France. En 2003 était réintroduit dans le Code Pénal le délit de racolage passif, qui accentue le volet répressif des dispositifs antérieurs concernant les activités liées à la prostitution et a engendré un déplacement forcé des personnes prostituées, des risques de violences et d’agressions accrus ainsi que l’obstacle aux campagnes de prévention. L’incrimination de racolage passif engendre par ailleurs un arbitraire policier aggravé.
Toutes ces conséquences sont évoquées au conditionnel dans le rapport parlementaire, elles sont pourtant largement dénoncées par les prostitué-e-s et les associations communautaires.
L’arrestation d’une escorte, pour racolage sur Internet, avait été rendue possible par l’application de la loi du 18 mars 2003, relative à la sécurité intérieure (LSI), dont nous avions dénoncé les dérives.
Pourtant, les personnalités politiques UMP comme Roselyne Bachelot et Philippe Goujon continuent de plaider pour le maintien du délit de racolage passif, le présent rapport en étant amplement inspiré. La fédération SUD Étudiant ne s’inscrit pas dans cette démarche.
La répression a toujours montré son inefficacité à lutter contre la prostitution forcée. C’est bien le droit de la personne qui doit être respecté, sans stigmatisation, sans infantilisation.

 
Concernant la prostitution en milieu étudiant, la fédération SUD Étudiant a participé à l’audition du 1er février dernier dans le cadre de cette mission parlementaire et fait état des conditions d’exercice des personnes se prostituant. Nous avons apporté nos analyses et nos revendications en termes de précarité, de logement, d’accès aux soins.
Les étudiant-e-s ne peuvent concilier leur emploi du temps avec un job qui rapporte suffisamment pour s’assurer sereinement un quotidien de plus en plus cher. Plus de la moitié des étudiant-e-s sont salarié-e-s pour assurer les dépenses courantes et obligatoires : 50, 3% pendant l’année universitaire, et près de ¾ pendant les vacances d’été. Un-e étudiant-e salarié-e a près de 40% de chances en moins d’obtenir son diplôme qu’un-e étudiant-e non salarié-e. Il existe donc une véritable sélection sociale pour les étudiant-e-s forcé-e-s de se salarier. Elle est à l’origine d’une majorité de situations de prostitution.
La prostitution étudiante est également liée à la question du logement. Les services sexuels contre un logement gratuit sont courants. La part du budget qui est consacrée par les étudiant-e-s au logement est de loin la plus importante et c’est dans un tel contexte que le PLFSS 2011 édicte la suppression de la rétroactivité des APL, les aides du CROUS étant par ailleurs largement inadéquates à la demande.

Aucune loi concernant les pratiques prostitutionnelles étudiantes ne pourra prévenir ces pratiques si de nouveaux droits permettant aux étudiant-e-s de vivre dans des conditions décentes ne sont pas obtenus. De même que, si une réflexion tangible n’est pas menée sur les inégalités dues au Genre à l’Université et dans la société, sur les sexualités en tant que telles, de véritables réponses à ces questions ne sauraient être apportées.
En partant du principe que cette activité est exercée par un groupe homogène, sur la base d’une vision toute faite d’une sexualité unique, on ne peut aboutir qu’à une réglementation liberticide de ces pratiques.
Nous savons que ces pratiques ne sont pas marginales. Elles sont toutefois marginalisées. Il convient donc aujourd’hui de reposer cette question, déliée de toute obligation de chiffrage.
Le rapport conclut sur la prostitution étudiante de cette manière : « La réalité est difficile à cerner. La prostitution étudiante existe bel et bien. Il est en outre possible que ce soit dans des proportions non négligeables en valeur absolue. Reste à en mesurer l’importance. »
Il convient aujourd’hui de mener une réflexion sérieuse sur les choix et les obligations en lien avec la prostitution étudiante, et enfin, de faire sauter les tabous.

Contacts de la fédération : 06 86 80 24 45


le 18 avril 2011


Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de luttes

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