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Seconde AG D’information sur le PRES et contre les violences policières de Vendredi 11 Mai

documents joints


120511 - TRACT
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Vous trouverez en pièce jointe le TRACT d’appel pour l’Assemblée Général de Lundi 14 Mai à 10H à l’université de Paris8, et pour l’AG de Nanterre qui aura lieu à 12h30. Ce tract reprend un article du journal le Parisien qui explique la journée de vendredi 11 mai suivit d’un appel rédigé par Etudiant-es, personnels BIATOSS, et enseignant-es.

Ci dessous un témoignage-explication plus détaillé de la situation par un étudiant qui était présent Vendredi 9 Mai. Cette personne fait partie du M.U.R (Mouvement Universitaire de Résistance).

Chers enseignants, chers camarades étudiants,

Au cas où vous n’êtes pas au courant de ce qui s’est passé vendredi 11 Mai à Paris 8 :

Un conseil d’administration devait se tenir hier à 15h pour voter le projet de Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) "Paris Lumières" entre Paris 8 et Paris 10 (Nanterre). Un blocage de ce CA a été organisé par des enseignants, des personnels et des étudiants, des élus aux conseils issus des récentes élections comme des précédentes ainsi que des représentants de six syndicats, pour protester contre les modalités de cette décision et pour certains contre ses fondements.

En réponse aux manifestants, le président Pascal Binczak a proposé qu’une délégation de dix personnes assistent au conseil. Ceux-ci ont refusé, demandant que les élus aux nouveaux conseils y participent, ce qui a été refusé. C’est comme si Nicolas Sarkozy faisait passer une loi majeure engageant l’avenir du pays en ce moment, ce qui est simplement anticonstitutionnel. Mais il semblerait que ces détails ne soient pas très importants au sein de l’université...

Le président a ensuite demandé l’intervention de la police, prétendant qu’il était séquestré, alors qu’il s’est enfermé de lui-même dans le PC sécurité du bâtiment A pour gagner du temps avant que l’intervention policière qu’il avait provoqué ne lui permette d’exfiltrer le CA vers le bâtiment G protégé ensuite par un cordon policier. Le CA s’est ensuite tenu (entre 18h et 20h) alors qu’un rassemblement d’environ 150 personnes protestaient à l’extérieur du bâtiment G, dont une partie des élus encore en place au CA empêchés de siéger, le CA réunissant un soi-disant quorum grâce à six procurations, pendant que les agents de sécurité faisaient évacuer l’université.

Entre-temps, deux étudiants, élu et suppléant élus au Conseil des études et de la vie universitaires (CEVU) lors des dernières élections, avaient été interpellés par la police sur les accusations mensongères "d’injures raciales" (contre un policier) et de "violences volontaires aggravées" sur un agent de sécurité de l’université.
L’interpellation s’est déroulée de manière particulièrement violente, des coups ayant été assénés tant sur des personnels de l’université que sur des étudiants.

Il semblerait (si un enseignant pouvait le vérifier et m’informer je lui en serai très reconnaissant) que la plainte pour violences ait été déposée par Binczak en tant qu’employeur de l’agent de sécurité "blessé" (celui-ci est certes parti aux urgences, mais suite à une chute lors d’une bousculade, plusieurs personnes peuvent en témoigner, il l’a lui-même reconnu devant plusieurs personnels de l’université, tout en disant qu’il n’osait pas aller contre la parole du président).
Cela voudrait dire que c’est d’une certaine manière la personne morale de l’université qui porterait plainte contre un de ses étudiants, qui en est aussi élu et salarié, après l’avoir fait interpeller, et c’est absolument inacceptable qu’un président puisse ainsi engager son université dans une procédure judiciaire visant à remplir ses objectifs politiques personnels et à réprimer une opposition à ceux-ci.
Si cela était avéré, j’espère qu’un communiqué très large, pas uniquement syndical, serait publié par les enseignants pour se dissocier de cette plainte portée au nom de toute l’université par notre président.

Je sais que de nombreux enseignants soutiennent sur le principe le projet de PRES. Et en effet, comment aller contre un discours qui promet coopération pédagogique et scientifique, meilleure gouvernance, incitations financières, et une dizaine de projets aux noms alléchants (dont il est significatif pour la démocratie de notre université qu’aucun document officiel et public ne les mentionne, et qu’il ait fallu des contacts avec Nanterre pour en obtenir les intitulés - je tiens les documents à disposition de qui les veut) ; des projets comme les axes "Santé en SHS", "Justice spatiale" (la justice de qui, peut-on se demander, au vu des évènements récents..) ou encore le très intéressant "Économie, énergie, environnement, finances", pourquoi pas subventionné par Véolia, EDF et la BNP pour une vraie indépendance de la recherche ?

Il faut cependant prendre la mesure du risque d’un tel projet, voté comme une "coquille vide" (l’expression est du président de P8) dont nous avons vu qu’elle n’est pas si vide que cela, soi-disant pour être "remplie" ensuite dans des conditions que l’on nous promet collégiales et démocratiques.
Des conditions collégiales et démocratiques ?
Cela sera difficile, alors que ce PRES (dont le siège social, on ne sait pourquoi, serait à Paris) serait dirigé par un CA qui, de par la loi, ne peut comporter plus d’un tiers de représentants élus.
La moitié des membres devant être 1) trois représentants de chaque "membre fondateur" (P8 et P10), c’est-à-dire, leurs processus de nomination n’étant pas précisés, désignés par les présidents des deux universités, ainsi que 2) six "personnalités qualifiées", dont aucune définition n’est faite, nommés dans les mêmes conditions. Ce CA aurait de plus huit mois pour siéger "valablement" en ne comportant que les membres des 1) et 2), disposant de quatre mois pour mettre en place le règlement intérieur qui fixe les modalités d’élection du tiers restant du CA (le tiers état ? représentant enseignants, personnels et étudiants), suivi de quatre mois pour organiser lesdites élections.
Comme 1/2 + 1/3 ne font pas un tout, je précise que les autres membres du CA seraient les représentants des "membres associés" qui doivent rejoindre le PRES à plus ou moins brève échéance, avec une incohérence dans les statuts puisque le CA ne serait pas complet avant leur arrivée. Ce CA du PRES, donc n’associerait à ses décisions aucun représentant de la communauté universitaire de P8 ou de P10, alors que son budget propre serait essentiellement abondé par les ressources des deux universités fondatrices (pour rappel, l’incitation financière initiale de 1 million d’euros, promise oralement sans garantie par l’ancien ministre, moins de 1% du budget de P8). Pour une comparaison claire des compositions respectives des CA de Paris et de l’hypothétique PRES, voir le fichier en pièce jointe.

Ces risques démocratiques sont déjà suffisants à mon sens pour refuser le PRES puisque la loi impose sa forme actuelle, et ne pas se contenter de critiquer cette forme en acceptant le PRES et en espérant que la loi change sous le prochain ministre comme le suggèrent certains.
Mais il faut aussi s’interroger sur le choix d’une structure juridique de type Établissement Public de Coopération Scientifique (EPCS) qui gérerait tant la formation que la recherche, alors que la plupart des PRES se contentent de coopération scientifique, ce qui reviendrait de facto à créer une structure "autonome" (vis-à-vis de qui ? de ses personnels et de ses étudiants ?) qui viendrait se placer en concurrence avec Paris 8 pour les financements comme pour les étudiants.

On ne cesse de nous répéter combien les crédits sont limités (même si de nombreuses dépenses absurdes sont engagées par l’université), et nous en voyons les conséquences dans la vie de l’université et le déroulement des formations (par exemple, un étudiant en géographie n’a pu payer les 90 euros nécessaires pour participer au stage de fin de licence, une somme qui a augmenté de 200% en quelques années).
Combien de temps se passera avant qu’un arbitrage budgétaire en vienne à financer les formations dites "d’excellence"du PRES dans le champ d’une discipline, plutôt que les formations "non excellentes" de la même discipline dans les universités fondatrices ?
N’avons-nous pas assez de grandes écoles en France ? Que voulons-nous, accroitre la polarisation de l’enseignement supérieur en laissant dans des filières sous-dotées et dévaluées la majorité de la jeunesse qui représente pourtant l’avenir d’une société ?

Les enseignants qui portent ces projets ne se rendent pas compte (ou pour certains si, malheureusement) qu’ils sont en train de scier les branches sur lesquelles ils sont assis, que dans le meilleur des cas leur projet de formation passera et eux avec, pour un temps, jusqu’à ce qu’une nouvelle filière d’excellence ne prenne leur place. En tout état de cause, ils condamnent à plus ou moins long terme (et sans doute plus vite qu’on ne l’imagine) leurs collègues et les étudiants qui ne feront pas partie du PRES, et surtout tout ceux qui n’auront pas les moyens de s’y payer un accès, aucune garantie n’étant donnée sur les frais d’inscription et leurs évolutions à venir. A titre d’exemple, à Dauphine un master faisant partie de 2 PRES coûte près de 3000 euros par an.

Peut-on accepter qu’une université ne soit plus considérée comme un "interlocuteur valable" par le ministère ?
Pourquoi cette forme juridique de l’EPCS* alors que des coopérations scientifiques existent déjà entre Paris 8 et Paris 10, et qu’il serait sûrement possible de les développer sans en passer par ce dispositif ?
Quelle est cette logique qui veut qu’au nom de l’excellence on abandonne les ambitions pédagogiques qui sont le cœur même de la mission de l’université ?

*Un des arguments en faveur de l’EPCS est qu’une telle structure a la possibilité d’employer des fonctionnaires : pour mémoire, sur les cent trois employés du PRES de Bordeaux, 70% sont contractuels (source : Rapport sur les PRES de l’Inspection générale de l’Éducation nationale et de la recherche).

Pour informer, parce que tout est fait pour empêcher la circulation de l’information entre étudiants, doctorants, enseignants et personnels,
entre les différents départements et composantes de l’université,
Pour pouvoir discuter sur ces questions et qu’un vrai débat sur le devenir de Paris 8 puisse avoir lieu,
Et pour refuser les méthodes utilisées par la présidence de l’université pour empêcher ce débat,

Une assemblée générale sera organisée lundi 14 mai à 10h à l’entrée de l’université (rendez-vous à 8h30 pour ceux qui veulent participer à sa préparation) à l’appel de plusieurs organisations syndicales et de listes présentes aux dernières élections aux conseils centraux, avant de partir à Nanterre où se tiendra le CA qui doit voter le projet du PRES

Je vous invite à faire suivre cette information autant que possible, et à venir lundi matin, ce qui s’est passé hier est simplement inadmissible et nécessite une réaction massive de la communauté universitaire.

Ci-dessous quelques liens pour plus d’informations :
- Le tract diffusé cette semaine pour informer sur le PRES et appeler à l’AG qui a eu lieu jeudi : AG d’information sur le PRES Paris 8 / Paris 10
- Le tract pour lundi matin : AG lundi 14 mai à 10h (hall de Paris 8) suivi d’une AG à Nanterre à 12h 30
- Les trois articles du Parisien sur la journée d’hier : Saint-Denis : deux étudiants interpellés à la fac, Heurts à l’université, Le rapprochement avec Nanterre voté malgré tout
- Des témoignages sur les évènements d’hier : – À la suite des incidents du 11 juin [témoignages]

Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de luttes

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