26 juillet 2026

Pour une auto-organisation syndical des travailleur-euse-s du sexe

Position fédéral de Solidaires Étudiant-e-s
Pour une auto-organisation syndical des travailleur-euse-s du sexe

Une décision de Congrès contre l'abolitionnisme des milieux syndicaux Fin juin a eu lieu notre 10ᵉ Congrès fédéral, lors duquel nous avons ré-actualisé nos positions sur la question du travail du sexe, particulièrement du travail du sexe dans nos milieux étudiants. Dans un milieu syndical majoritairement abolitionniste et putophobe, il est important pour notre fédération d'affirmer et de publiciser nos revendications anti-abolitionnistes et pro-dépénalisation du travail du sexe.


Le contexte politique, légal et social du TDS


La situation des travailleur·euse·s du sexe (TdS) est aujourd'hui plus que préoccupante. Celleux-ci ont toujours été parmi les personnes les plus précaires et les plus vulnérables, et depuis la loi abolitionniste votée en 2016, ce problème s'est intensifié. Cette loi rend en effet impossible pour les TdS d'ouvrir un compte en banque, de louer un logement ou même d'exercer un autre travail en plus du TdS. En février 2026, une proposition visant à "prohiber l’achat de services sexuels virtuels personnalisés et à lutter contre le proxénétisme en ligne" a été adoptée au Sénat. Cette dernière compte appliquer la pénalisation des clients au TdS en ligne, sur le même modèle que la loi 2016, sans prendre en compte les conséquences dévastatrices que celle ci a eu sur les travailleur·euse·s du sexe.

Ces loi et proposition de loi s'inscrivent dans le courant abolitionniste du Travail du Sexe. Celui-ci, considérant ces activités comme incompatibles avec la liberté de choisir et le respect du consentement et appréhendant les TdS comme des victimes du patriarcat à sauver, souhaite le voir disparaitre. Concrètement, ces positions s'incarnent dans une réglementation qui pénalise les clients, simplement vus comme des agresseurs et donc à punir. Or, cette politique est une pénalisation de fait des travailleur·euse·s du sexe. La chasse aux clients donne alors un cadre à la police pour harceler les TdS, elle les force à travailler dans les pires conditions, les poussant toujours plus à des espaces et des pratiques plus dangereuses et à ne pouvoir rien faire quand iels subissent des violences.


Les travailleur·euse·s du sexe, des travailleureuses comme les autres ?


Notre analyse se situe dans le courant syndicaliste d’auto-organisation des luttes TdS, anti-abolitionniste, anti-prohibitionniste et anti-réglementariste. Si le TdS dispose de particularités, il est important de voir les TdS comme des travailleur·euse·s comme les autres, qui mettent à disposition leur force de travail contre une rémunération. C’est un échange économico-sexuel.
Cette mise à disposition se fait dans la majorité des cas à un·e patron·ne, qui possède les moyens de production (plateforme de diffusion pour Onlyfans, matériel de production vidéo pour la pornographie, propriétaire des logements et hotels...). Un.e ouvrier.ère met également son corps, sa force de travail, à disposition d’un exploiteur, d’un patron, d’une production. Pour autant nous ne considérons pas qu’être ouvrier·ère est une chose immorale et inadmissible. Ce qui est inadmissible, ce sont les conditions de travail, la division du travail ainsi que l’exploitation du travail des exploité·e·s par leurs exploiteurs.

Ce qui différencie notre perception de l’ouvrier et les travailleur-euses du sexe, c’est la posture morale ancrée de notre société qui nous empêche d’appréhender le monde d’un point de vue matérialiste et qui statue que le sexe doit rester un travail reproductif (au sens marxiste du terme) non monayé. Or, les TdS s’inscrivent aussi souvent dans un travail de care (l'ensemble des activités, essentiellement prises en charge par les femmes, qui concernent le fait de prendre soin des autres).
Ainsi, morale religieuse mise à part, le TdS est un travail qui peut s’inscrire dans la même catégorie que celle des assistant·e·s de vie, des personnes qui font le ménage, des cuisinièr·e·s à domicile... Par ailleurs, comme beaucoup de travaux reproductifs, celui-ci est souvent fait de façon informelle et non déclaré par des personnes privées de droits sociaux. La dépénalisation permettrait l’accès plein et entier au droit du travail, incluant par là toutes les protections liées par exemple aux accidents du travail et à la médecine du travail, mais aussi tout particulièrement au droit syndical.

Ce que nous défendons : le syndicalisme et l'auto-organisation des TDS

Ainsi, les TdS méritent de pouvoir s’auto-organiser en se syndiquant. Pour pouvoir lutter pour une dépénalisation du TdS, pour leurs droits et contre les oppressions qu'iels subissent.
En tant que syndicat étudiant, nous sommes très bien placé·e·s pour savoir que le meilleur moyen de se protéger est de s’organiser collectivement, en toute autonomie, c’est le syndicat.
En ça, le syndicalisme des TDS est crucial, il est à la fois un outil de lutte contre les VSS mais aussi un outil d’aide pour les personnes sans-papier et de solidarité matérielle et sanitaire. Ce syndicalisme doit venir des TDS elleux-même car ce sont elleux les mieux informé·e·s sur ce dont iels ont besoin (quelles ressources, quels soins, quelles protections...) et il existe déjà.
Néanmoins, il ne peut exister par lui tout seul : comme dans tous les autres secteurs économiques, la force du syndicalisme, c’est l’union des syndicats des ces différents secteurs. C'est aussi pour cela que, étant un syndicat appartenant à une union interprofessionnelle, nous devons nous saisir de ce sujet.

Le travail du sexe dans les milieux étudiants

S’il nous semble essentiel de nous positionner et d'agir sur ce sujet, c'est aussi parce que les étudiant·e·s sont parmis les populations comptant le plus de TdS. Loin d’une position libérale sur le TdS, nous sommes conscient·e·s que celui-ci est inévitable pour certain·e·s d’entre nous à cause de la paupérisation organisée des étudiant·e·s qui nous pousse à travailler à côtés de nos études.
Certain·e·s étudiant·e·s, en particulier les plus marginalisé·e·s, se tournent vers le TdS souvent par manque de solution. Ces étudiant·e·s sont discriminé·e·s dans les services de santé universitaire, dans l’accès à l’emploi après les études, dans les CROUS et en cours quand iels n’en sont pas exclu.e·s.
De plus, l’aménagement de l’emploi du temps en fonction des horaires de travail n’est pas possible dans le cas du TdS. Les étudiant.e·s travailleur·euse·s du sexe doivent alors pouvoir être défendu.e.s par les syndicats au même titre que les autres étudiant.e.s.
Nous devons lutter et nous organiser pour défendre le droit des TDS et pour l’acquisition de nouveaux droits mais aussi œuvrer à la fin du système qui oppresse les étudiant.e·s et les autres travailleur·euse·s.

La lutte pour les droits des TdS se doit d'être une lutte globale

La pleine agentivité des TdS ne pourra être garantie que tant que celle-ci sera vue au regard du droit au même titre que celles des autres salarié·e·s exploité·e·s par le système capitaliste et patriarcal.
L’abolition du TdS ne doit être voulue que par l’abolition du travail en général ainsi que par l’abolition du patriarcat dans sa globalité, et toute revendication différenciée pour les TdS ne ferait que précariser leurs luttes. Ne pas permettre l'auto-organisation des TDS, c'est contribuer aux oppressions touchant les minorités opprimées : les personnes TdS sont souvent au carrefour des oppression : femmes, trans, racisées, pauvres, sans-papier...
L’auto-organisation des TdS est historiquement liée à l’auto-organisation de ces communautés-même. Dans les luttes LGBTQIA+, c’est bien les femmes trans racisées et TdS qui étaient et sont toujours au cœur de nos luttes. D’une part, isoler les TdS c’est donc les isoler des réseaux de support féministes, trans, antiracistes, etc., contribuant donc à les rendre d’autant plus vulnérables aux oppressions qu’elles vivent déjà en plus de la putophobie. D’autre part, c’est couper ces réseaux d’une partie de leur communauté et de leur énergie militante.

Nos revendications

  • Abrogation de la loi de pénalisation des clients de 2016 et fin du modèle abolitionniste

  • Dépénalisation du Travail du Sexe

  • Ouverture des espaces syndicaux aux travailleur·euse·s du sexe

  • Accès des étudiant·e·s TdS à des services de santé universitaires formés aux problématiques qui leur sont propres

  • Possibilité d’aménagement des études au même titre que pour tout autre travail

communiqué TDS.pdf